Le Jeu de Peindre

"Il y a cinquante ans, en installant le Closlieu, je créais, sans m'en douter, un espace propice à une manifestation sans précédent.

J'ai aménagé un lieu pratique pour le jeu de peindre : les feuilles sont piquées sur les quatre murs (car il n'y a pas de lacunes sur son pourtour, c'est un espace sans regard sur l'extérieur). Au centre est la Table-Palette, offrant godets de peinture, godets d'eau et pinceaux.

Le jeu est un va-et-vient entre le tremperai centre et le tracer sur la feuille, un va-et-vient entre ce qui est collectif et ce qui est individuel, et c'est aussi un va-et-vient entre les règles très strictes et la liberté de formuler selon sa seule personnalité.

De cette pratique résulte une manifestation qui n'est pas une oeuvre élaborée pour susciter un effet chez autrui, mais une manifestation dictée par une nécessité intérieure, et cette trace n'est partagée avec personne. 

Je n'avais pas prévu que ce lieu original allait créer les conditions à l'émergence de ce que chaque personne recèle au plus profond de son organisme. Ayant été le témoin de la trace préservée - ou purifiée de toute influence- depuis tant d'années, et chez tant de personnes, je sais, aujourd'hui, que dans le Closlieu, cet abri stimulant, naît et s'intensifie la Formulation."

"Le Closlieu, le Jeu de Peindre et la Formulation, Arno Stern, HDiffusion, Auxerre, 2013, p.46-47.